Insertion et justice : une expérimentation qui fonctionne

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Depuis le 1er juillet 2024, une chargée d’insertion socio-professionnelle a intégré le SIAAJ (Service d’Investigation et d’Action Auprès de la Justice).

Financée par l’État (Pacte des solidarités), le Fonds Social Européen, la Métropole de Grenoble, le PLIE et le SIAAJ, cette expérimentation de trois ans vise à prévenir la récidive par un accompagnement global vers le droit commun.

Un accompagnement sur-mesure au sein du parcours judiciaire

Avant de rejoindre le SIAAJ à l'été 2024, Clémentine a forgé son expérience de terrain au sein de l'Oiseau Bleu (VIAE 38), où elle accompagnait un public de réfugiés. Aujourd'hui, elle suit une trentaine de Personnes Placées Sous Main de Justice* (PPSMJ) avec une mission claire : lever les freins sociaux pour faciliter leur retour à l'emploi.

« J'ai exactement les mêmes attributions que mes collègues du PLIE, sauf que mon public est placé sous main de justice », explique-t-elle. Les personnes qu'elle suit ont ainsi un accès direct aux outils d'insertion classiques du territoire : job dating, chantiers d'insertion ou clauses sociales.

Son périmètre d'action possède toutefois une particularité. « J'accompagne à partir de 18 ans. Contrairement à mes collègues en Maisons de l'Emploi, je ne suis pas sectorisée : j'interviens sur toute la métropole, le Grésivaudan et le Pays Voironnais », précise Clémentine.

* Personne Placée Sous Main de Justice (PPSMJ) : Dans le cadre de cet accompagnement, il s'agit principalement de personnes qui font l'objet d'une mesure de suivi par la justice en attente de leur jugement. Elles ne sont pas encore condamnées (elles sont présumées innocentes) mais doivent respecter des obligations strictes dans le cadre d'un contrôle judiciaire.

Réapprendre les codes du monde professionnel

Au-delà de l'orientation pure, une part essentielle de son travail consiste à redonner aux personnes suivies les codes sociaux et les bases du savoir-être en entreprise. 

Un réapprentissage de la "vraie vie" qui donne parfois lieu à des situations assez loufoques  : « Une fois, j'ai un monsieur qui s’est présenté en entretien en pantoufles... je me suis dit que ça n'allait pas être possible ! ». Rappeler ces codes, parfois oubliés, est une étape indispensable avant d'envisager toute rencontre avec un futur employeur.

Des problématiques cumulées, au-delà du statut pénal

La majorité des personnes accompagnées sont sous contrôle judiciaire, donc en attente de leur jugement. 

Sur le terrain, l'obstacle majeur au retour à l'emploi n'est pas le statut pénal en lui-même. « La difficulté réside dans le cumul des problématiques : addictions (notamment à l'alcool), problèmes de santé, troubles psychiatriques », souligne la chargée d'insertion.

Le rythme de l'accompagnement est alors directement dicté par le temps de la justice. Si les contrôles judiciaires très courts (3 à 4 mois) imposent de travailler dans l'urgence, les instructions plus longues donnent l'opportunité de stabiliser la situation globale de la personne (logement, santé, droits) avant d'envisager sereinement son orientation professionnelle.

Le jugement : une étape charnière pour le suivi

Au quotidien, l'expérimentation montre des résultats concrets, avec des sorties régulières et positives vers la formation ou l’emploi.

Cependant, le moment du jugement impose ses limites au dispositif. « S'il y a une condamnation avec incarcération, mon accompagnement s'arrête net. C'est le SPIP (Service Pénitentiaire d'Insertion et de Probation) qui prend le relais », rappelle Clémentine. À l'inverse, en cas de condamnation à une peine (comme un sursis probatoire), le suivi du PLIE peut se poursuivre pour consolider le parcours et sécuriser le maintien dans l'emploi.

Cette expérimentation illustre une réalité de terrain : l'insertion professionnelle est indissociable d'un accompagnement social de proximité pour prévenir efficacement la récidive. 

En garantissant un suivi humain et sur-mesure avant même le jugement, le PLIE et le SIAAJ jouent un rôle de passerelle indispensable pour ramener des publics éloignés de l’emploi vers le droit commun.